vendredi 5 juin 2020

Direction d'école: nos propositions


Directeur d’école, pour quoi faire ?

Le 12 mai dernier, la députée LREM Cécile Rilhac déposait une  proposition de loi créant la fonction de directeur d’école.

A l’automne dernier, le suicide de Christine Renon, directrice d’école en Seine-Saint-Denis, drame qui faisait suite à bien d’autres, soulevait avec plus d’urgence que jamais la question de la direction d’école.

Au début des années 2000 déjà, des milliers de directeurs avaient, par la grève administrative, clamé haut et fort que leur rôle n’était pas de gratter du papier pour flatter l’égo et le goût du « management moderne » de leur ministre.

La répression fut terrible et les promesses d’une amélioration de leurs conditions de travail ne furent jamais tenues.

Présent au Conseil supérieur de l’éducation le 9 octobre dernier, Action&Démocratie CGE-CGC a dénoncé  les charges et les responsabilités de plus en plus lourdes qui pèsent sur les directeurs, pour un salaire risible et une reconnaissance nulle. Surtout nous avons marqué notre différence en rappelant qu’une augmentation du temps de décharge ne constituerait pas une mesure suffisante et que la priorité était l’allégement des tâches administratives, réputées aussi chronophages que largement inutiles. Nous avons dénoncé le glissement de la fonction du directeur vers un emploi purement administratif, alors que plus que jamais nos élèves ont besoin d’enseignants.

Enfin, Action&Démocratie a rappelé qu’un changement de statut du directeur, faisant de celui-ci un supérieur hiérarchique était très massivement rejeté par la profession. De même que la création des EPLESF (établissements publics locaux d’enseignement des savoirs fondamentaux) qui visaient à placer les professeurs des écoles sous l’autorité du proviseur du collège local.

Avec la crise du coronavirus, les voyants du surmenage sont plus que jamais au rouge, les directeurs d’école sont en première ligne pour mettre en application avec célérité des injonctions hiérarchiques souvent contradictoires. Plus que jamais épuisés et malmenés, les directeurs auraient-ils cependant enfin été entendus ?

Car certes, il y a dans ce projet des avancées concrètes :

  • Augmentation du temps de décharge. Restons prudents, le projet de loi proprement dit ne s’engage que pour les « grosses» directions d’écoles (huit classes minimum).   
  • Bonification des indemnités de direction (montant restant à confirmer, les organisations syndicales seront-elles consultées ?) et progression de carrière accélérée.
  • Allègement partiel des tâches administratives : l’organisation du PPMS est partiellement prise en charge par le Dasen et l’élection des représentants des parents d’élèves est partiellement simplifiée.
  • Invitation aux collectivités locales (qui apprécieront) à fournir au directeur une aide administrative.

Le projet de loi souhaite également voir la « fonction » de directeur d’école évoluer. S’il n’est apparemment plus question de faire de celui-ci le supérieur de ses collègues, la philosophie de cette loi est cependant de lui attribuer des prérogatives d’autorité qu’il n’avait pas jusqu’ici :

  • Le directeur devient « décisionnaire » lors des réunions d’équipe et des conseils d’école, au détriment de la prise de décision collégiale qui prévalait jusqu’alors.  

  • Le directeur deviendrait « délégataire de l’autorité académique » (jusqu’ici seuls les inspecteurs l’étaient). De plus, le mode de recrutement va être modifié et le Dasen pèsera davantage dans la nomination des directeurs.

 

 

Alors qu’en pensons-nous ?

 

Avant tout, il est bon de rappeler que de nombreuses propositions de Mme la députée Cécile Rilhac ne figurent pas dans le projet de loi proprement dit. Et quant au projet lui-même, qu’en restera-t-il après les amendements à l’Assemblée nationale ? Le Ministère de l’Education nationale y souscrira-t-il ?

 

Si l’on part pourtant du principe que l’ensemble des propositions de Mme Rilhac préfigurent bien une future loi, nous devons admettre qu’elle contiendrait des avancées, les premières depuis tant d’années de silence et mépris vis-à-vis des directeurs d’écoles. Il faut saluer aussi le fait (très rare) que ces propositions sont le fruit de remontées du terrain.

 

MAIS les propositions d’Action&Démocratie vont beaucoup plus loin et, en l’état, ce projet nous laisse déçus et extrêmement prudents :

 

1. Concernant l’allègement proposé des tâches administratives, on est très, très loin du compte. De plus, comme nous l’avons déjà dit, on peut légitimement craindre que l’augmentation du temps de décharge accordée soit prétexte à de nouvelles tâches sur les épaules des directeurs : le projet de loi ne sous-entend-il pas de nouvelles « casquettes », comme la participation à l’encadrement de l’accueil périscolaire ?

Les directeurs d’école consultés ont déjà eu l’occasion de dresser le catalogue des « inutilités administratives » et surtout des moyens de réduire efficacement leur charge de travail. Sans être exhaustif, les idées ne manquent pas :

 

*Réduction drastique des remontées d’enquêtes (aucun intérêt pour l’instruction de nos élèves) ainsi que des évaluations nationales,

*Simplification radicales ou (suppression pure et simple pour certains) des « formulaires » : déclarations d’accidents, PAI, droit à l’image, DUERP…,

*Limitation drastique des envois de mails émanant de l’Administration (Ah le bon temps du timbre postal !), fixation de périodes (vacances, weekends) sans aucun envoi de mail,

*Baisse en quantité et en durée des réunions qui souvent ne servent qu’à planifier les prochaines réunions ou à apprécier le bilan moral de M. le Dasen. Les comptes-rendus de ces réunions ne doivent plus être systématiques,

*Prise en charge par les mairies des inscriptions des élèves,

*Gestion d’Affelnet et des dossiers d’inscription par les secrétariats des collèges,

*Accès des mairies au logiciel ONDE afin d’éviter aux directeurs la charge de transmettre des quantités astronomiques d’informations sur les classes et les élèves,

*Renforcement des équipes académiques dédiées au « dépannage numérique », trop de directeurs en galère informatique sont livrés à leur sort,

etc… etc… etc…

 

Là est la priorité ABSOLUE de toute réforme de la fonction des directeurs !

 

2. Si le directeur devient « décisionnaire » et non plus « coordinateur » dans l’équipe pédagogique, on est en droit d’espérer plus de fluidité et d’efficacité dans le fonctionnement de l’école. Mais on peut également craindre pour la liberté pédagogique des enseignants, qui se verraient forcés de souscrire à tel ou tel projet qu’ils auraient pourtant majoritairement désapprouvé.

Ce projet de loi doit donc réaffirmer clairement que la liberté pédagogique des enseignants ne sera en rien diminuée.

D’autre part, si le directeur n’est pas un supérieur hiérarchique, il n’y a aucune raison qu’il devienne « délégataire de l’autorité académique ».

 

3. Laisser à la charge des collectivités locales l’embauche d’une aide administrative s’inscrit dans la funeste logique de désengagement de l’état et dans la rupture du principe de l’égalité républicaine.

Chaque école doit pouvoir bénéficier d’une aide administrative pérenne, garantie par l’Etat. 

 

4. Si ce projet de loi peut sembler admettre l’abandon des redoutés EPLESF, nous n’en avons absolument pas la garantie. Nous resterons très vigilants sur cette question comme sur celle des fusions d’écoles que nous condamnons fermement parce qu’elles nous semblent préjudiciables au bien-être des élèves et des personnels.

 

5. Enfin, nous tenons à rappeler les grands absents de ce projet de loi : l’élève et l’instruction auquel l’élève a droit, instruction pour laquelle nous, enseignants, nous sommes engagés. Il est très révélateur que Mme la députée Rilhac recommande la suppression des Activités pédagogiques complémentaires (APC) pour les directeurs.

Toujours moins présent pour les élèves, toujours plus reclus dans son bureau, le directeur est-il condamné à se couper chaque jour davantage de la réalité de l’enseignement?

A l’heure où l’instruction recule dramatiquement, où l’illettrisme et la violence scolaire explosent, clamons haut et fort que nos élèves sont notre unique priorité et que nous n’avons pas de temps à perdre pour des tableaux Excel et des formulaires en triple exemplaire.

 

Le directeur d’école, dans toute la noblesse de sa fonction, anime son équipe, cherche des solutions aux difficultés de son école, fait le lien entre les familles et les enseignants, désamorce les conflits, encourage les projets dont ses collègues sont à l’origine et dont les élèves seront vraiment bénéficiaires… Le reste est superflu.

 

Quelle loi mettra à l’honneur cette évidence ?

jeudi 14 mai 2020

Obligation scolaire, continuité pédagogique


Les parents ou responsables légaux peuvent-ils choisir de ne pas renvoyer à l’école leurs enfants ?

Oui, la scolarisation des élèves en présentiel repose sur le libre choix des responsables légaux du ou des enfants.

L'instruction est toutefois obligatoire pour tous les enfants à partir de 3 ans. Un élève ne suivant par les cours en présentiel doit rester en lien avec son école et suivre l’enseignement à distance.

Règles spécifiques aux personnels

Les enseignants vont-ils devoir assurer des cours en présentiel et des cours à distance ?

Les professeurs qui assurent un service complet en présentiel n’assurent pas d’enseignement à distance. L’enseignement à distance pour les élèves restés chez eux est assuré par les professeurs qui sont eux-mêmes restés à domicile. Le directeur d’école ou le chef d’établissement définit les modalités pratiques de cette organisation.

Comment les personnels travaillant en dehors des écoles et établissements scolaires peuvent-ils respecter les gestes barrières ?

Les personnels administratifs, IEN, médecins qui sont en contact avec le public doivent être munis de masques comme les personnels en contact avec les élèves. Le masque doit être porté par l’agent lorsqu’une distanciation d’au moins un mètre risque ne pas être respectée. Le nettoyage et la désinfection des locaux doivent être assurés par les autorités compétentes (selon les cas par les collectivités territoriales ou par les services académiques) en respectant les consignes du protocole sanitaire, de la même manière qu’en école ou en EPLE. Les salles d’attente doivent être aménagées de telle sorte que les distances soient respectées (réduction du nombre d’élèves ou de familles en attente, espacement des sièges…). Un point de lavage des mains est mis à disposition de ces personnels. Une désinfection des mains (lavage ou à défaut solution hydroalcoolique) est demandée à chaque personne qui entre.

Les réunions professionnelles sont-elles limitées à 10 personnes ?

Les réunions professionnelles ne sont pas assimilées à des regroupements et ne sont donc pas limitées à un effectif de 10 personnes. Leur tenue doit toutefois respecter strictement les consignes sanitaires et notamment la distance d’au moins un mètre entre les personnes.

Quelles sont les recommandations pour personnels fragiles face au virus Coronavirus Covid-19 ?

Les personnels présentant une vulnérabilité de santé au regard du virus Covid-19 et identifiés comme tels par le médecin de prévention ou leur médecin traitant ne devront pas se rendre sur leur lieu de travail.

Les enseignants concernés poursuivront l’enseignement à distance. Pour les autres personnels le travail à distance est privilégié. S’il n’est pas compatible avec les fonctions exercées, une autorisation spéciale d’absence (ASA) leur est délivrée.

Y-a-t-il des consignes particulières concernant les femmes enceintes dans l’éducation nationale ?

Les femmes enceintes au troisième trimestre de grossesse doivent solliciter l’avis de leur médecin traitant ou à défaut du médecin de prévention. En fonction de cet avis médical, un travail à distance est proposé par l’employeur. A défaut, en cas d’impossibilité de travailler à distance, une autorisation spéciale d’absence est délivrée par le chef de service.

Un personnel domicilié avec une personne vulnérable doit-il se rendre au travail ?

Les personnels domiciliés avec une personne présentant une vulnérabilité de santé au regard du virus Covid-19 et identifiée comme telle par le médecin de prévention ou leur médecin traitant ne devront pas se rendre sur leur lieu de travail.

Les enseignants poursuivront l’enseignement à distance. Pour les autres personnels le travail à distance est privilégié. Si cela n’est pas possible, une autorisation spéciale d’absence (ASA) leur est délivrée.

Les personnels relevant du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse qui doivent garder leurs enfants chez eux peuvent-ils bénéficier d’un dispositif particulier ?  ( Ce dispositif a été allégé dans certaines académies )

Les personnels qui, du fait de la fermeture des crèches et établissements scolaires, n’ont pas de solution de garde pour leurs enfants se voient proposer d’exercer leur fonction à distance.

Si le travail à distance n’est pas possible compte tenu des fonctions exercées ou de circonstances particulières, ils peuvent solliciter une autorisation spéciale d’absence (ASA). Cette autorisation est accordée à raison d’un responsable légal par fratrie sous réserve de justifier de l’absence de solution de garde. Les parents qui ne souhaitent pas scolariser leur enfant alors même que la classe de ce dernier a ouvert sont regardés comme sans solution de garde dès lors que le retour à l’école se fait sur la base du volontariat.

Les personnels enseignants sont prioritaires pour l’accueil de leurs enfants en crèche ainsi que dans les établissements scolaires.

Que se passe-t-il pour les personnels qui rencontrent des difficultés de transport pour se rendre au travail ?

Ces personnes signalent leurs difficultés dès qu’elles en ont connaissance. Des facilités horaires leur sont accordées, dans la mesure du possible, pour concilier leur activité avec les règles de reprise des transports en commun.

Les personnels peuvent-ils invoquer un droit de retrait ?

Dans la mesure où le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a adopté, tant dans les services que dans les écoles et établissements scolaires, les mesures destinées à assurer la sécurité et préserver la santé de ses personnels en mettant en oeuvre les prescriptions des autorités sanitaires, le droit de retrait ne devrait pas trouver à s’exercer.

En effet, eu égard aux conditions de transmission du virus (contact rapproché et prolongé avec des personnes contaminées) et dès lors que les employeurs respectent les recommandations édictées par le Gouvernement pour éviter les risques de transmission, les personnels ne peuvent invoquer un droit de retrait.

jeudi 30 avril 2020

Les professeurs des écoles feront officiellement office de garderie !

Jamais les discours officiels n'ont été à ce point en décalage avec la réalité du terrain. Le Gouvernement a mis en avant des arguments sociaux tout à fait recevables pour annoncer un déconfinement progressif à partir du 11 mai. En effet les collègues travaillant dans des zones d'éducation difficiles savent bien que les conditions sociales du confinement peuvent être dramatiques pour certaines familles. Face à cela, un élargissement du service d'accueil existant pour les enfants de soignants était envisageable, y compris pour permettre une certaine reprise économique dont nous mesurons la nécessité.

dimanche 19 avril 2020

La vie d’abord, « quoi qu’il en coûte » !

Nous traversons ensemble une crise exceptionnelle. Avant toute chose, nous adressons notre
sympathie à tous, et en particulier à celles et ceux de nos destinataires qui éprouvent
directement les peines et les chagrins causés par l’épidémie actuelle. Veiller à la santé de tous,
c’est préserver la vie de chacun :rien ne vaut plus. Protéger la vie est un impératif catégorique.
Qu’il faille envisager une sortie de crise et y travailler est une évidence. Nous prenons acte des
annonces du Président de la République au soir du 13 avril, notamment la prolongation du
confinement strict jusqu’au 11 mai et la réouverture progressive des écoles à partir de cette
date.

mercredi 8 avril 2020

Conseil supérieur de l'éducation 7 avril 2020

Conseil supérieur de l'éducation séance du 7/04/2020- Compte-rendu.
Action & Démocratie représenté par Matthieu Faucher
Intro
On reconnaîtra à la FSU (avec qui je suis rarement d’accord), au cours de ce CSE, quelques prises de position que nous partageons absolument:

lundi 6 avril 2020

covid19: Action & Démocratie dresse un premier bilan de la situation

À tous les niveaux de la hiérarchie, des personnels de l’Éducation Nationale ou des membres de leurs familles sont directement affectés par le « Covid19 » et, avant toute chose, nous leur adressons notre sympathie.
Action & Démocratie dresse un premier bilan de la situation
Tout comme l’ensemble de la population, les personnels de l’EN ont eu à encaisser le choc de ces mesures, et ils encaissent comme tout le monde les chocs à répétition des nouvelles terribles qui tombent quotidiennement. Sur un plan humain, la déstabilisation des personnels a été massive et nombre de collègues doutent que quiconque s’en soit soucié. Sur le plan strictement professionnel, conscients de leurs responsabilités vis-à-vis des élèves qui leur sont confiés, les professeurs ont immédiatement été sur le pont pour tenter d’assurer la « continuité pédagogique ».

mercredi 4 mars 2020

La mascarade de la consultation des professeurs

Passons tout d'abord sur le principe même de la consultation. Enseignants nous sommes habitués à ces questionnaires en ligne sur tout un nombre de sujets divers. 

mardi 3 mars 2020

Un guide relatif à la rupture conventionnelle en cours de rédaction

Ce guide a vocation à apporter des précisions sur la mise en œuvre de la rupture conventionnelle dans la fonction publique. Il précisera notamment les règles de calcul de l'indemnité de rupture pour un agent non rémunéré ou rémunéré à demi-traitement au cours de l'année précédent la rupture.

lundi 2 mars 2020

Matthieu Faucher invité de l'heure des pros

Notre référent national était l'invité de l'heure des pros, émission durant laquelle il a pu dénoncer l'injustice dont il a fait l'objet. Cette affaire fait l'objet d'un livre de René Nouailhat: LA LEÇON DE MALICORNAY.